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Africains dans l’armée russe en Ukraine : miroir tragique d’un continent sans emploi.


Selon des enquêtes de la BBC et de Reuters publiées entre 2024 et 2025, qui ont été rejoints en 2026 par quasiment toute la presse, de nombreux Africains ont été recrutés après avoir répondu à des offres d’emploi promettant des postes de gardiens, d’ouvriers du bâtiment, d’agents de sécurité ou de travailleurs industriels en Russie. À leur arrivée, leurs passeports ont parfois été confisqués et ils ont été contraints de signer des contrats militaires avant d’être envoyés combattre en Ukraine. D’autres ont été recrutés pour travailler dans des usines d’armement produisant des drones, croyant participer à un programme de formation professionnelle. C'est merveilleux.


Ce système repose souvent sur des intermédiaires africains eux-mêmes. En Afrique du Sud, une enquête judiciaire a visé Duduzile Zuma-Sambudla, fille de l’ancien président Jacob Zuma, soupçonnée d’avoir facilité des recrutements liés à l’effort de guerre russe. Cette affaire a révélé l’existence de réseaux structurés exploitant la détresse sociale des jeunes Africains. Selon Amnesty International, certains recrutés ont signalé des mauvais traitements, des insultes raciales et des conditions proches du travail forcé.


L’ampleur du phénomène a provoqué des tensions diplomatiques. Le gouvernement du Kenya a reconnu que plusieurs centaines de ses citoyens avaient rejoint les forces russes, volontairement ou sous contrainte. Son ministre des Affaires étrangères a annoncé des démarches officielles auprès de Moscou pour obtenir des explications et organiser des rapatriements. D’autres pays africains, dont le Cameroun, le Nigeria et l’Ouganda, ont signalé des cas similaires, où l'on trouve plusieurs nationalités subsahariennes.


Cette tragédie révèle de la vulnérabilité économique extrême de la jeunesse africaine qui rêve d'un pays pauvre et en guerre. C'est dire. Selon la World Bank, entre 12 et 16 millions de jeunes Africains arrivent chaque année sur le marché du travail, mais seulement environ 3 millions d’emplois formels sont créés. L’institution estime que le continent devrait créer au moins 20 millions d’emplois par an pour absorber sa croissance démographique. Jamais aucun continent n’a jamais fait face à un tel déséquilibre entre offre et demande de travail.

Ce déficit massif d’emplois transforme la jeunesse africaine en proie facile pour les recruteurs sans scrupules. Lorsque les perspectives locales disparaissent, l’étranger devient un horizon, même dangereux. Lorsque l’économie échoue, la guerre devient, paradoxalement, une opportunité économique.


Cette situation est d’autant plus préoccupante que l’Afrique possède la population la plus jeune du monde. Selon les United Nations, plus de 60 % de la population africaine a moins de 25 ans. Ce potentiel démographique pourrait être un levier de croissance extraordinaire. Mais sans emplois, il devient une source d’instabilité.


L’histoire économique montre pourtant que des solutions existent. Tous les pays qui ont réussi leur transformation — la Corée du Sud, la Chine ou le Vietnam — ont investi massivement dans l’industrialisation. L’industrie permet d’absorber rapidement une main-d’œuvre abondante, d’augmenter la productivité et de créer une classe moyenne. L’Afrique, en revanche, reste largement dépendante de l’exportation de matières premières brutes, qui créent peu d’emplois.

L’agriculture représente également une opportunité immense. Le continent possède 60 % des terres arables non exploitées du monde, mais exporte encore des produits agricoles non transformés. La transformation locale — cacao, café, coton, fruits — pourrait générer des millions d’emplois industriels et logistiques.

Les industries culturelles et sportives offrent aussi un potentiel considérable. La musique, le cinéma, le football et les industries créatives africaines connaissent déjà une croissance rapide. Avec des investissements structurés, ces secteurs pourraient devenir de puissants moteurs d’emploi.


Mais ces transformations nécessitent des choix politiques clairs : sécurité juridique, infrastructures, lutte contre la corruption, soutien aux entrepreneurs et formation professionnelle. La responsabilité des élites africaines est engagée. Pendant trop longtemps, les politiques économiques ont échoué à créer les conditions nécessaires à la création massive d’emplois.

Le danger dépasse la seule question migratoire. Le chômage massif alimente également l’instabilité politique et sécuritaire. Dans certaines régions du Sahel, des groupes armés offrent des revenus supérieurs à ceux de l’économie légale. La guerre devient un employeur.

Les jeunes Africains morts sous uniforme russe en Ukraine ne sont pas seulement des victimes d’un conflit géopolitique. Ils sont les victimes d’un vide économique. Leur présence sur le front ukrainien est le symptôme d’un échec catastrophique : celui d’un système incapable d’offrir des perspectives à sa propre jeunesse.

L’Afrique se trouve aujourd’hui à un carrefour historique. Si elle parvient à créer des emplois massifs grâce à l’industrialisation, à la transformation agricole et à l’investissement productif, elle pourra transformer sa démographie en puissance économique. Sinon, d’autres tragédies suivront.

L’emploi n’est plus une question économique parmi d’autres. Il est devenu une question de souveraineté, de stabilité et de dignité. Et il est désormais urgent.

 
 
 

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