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FRANCE-AFRIQUE. L'échec de Macron et le chaos subsaharien francophone


Il y a parfois des séquences qui, sous des airs anecdotiques, disent tout d’un naufrage. La polémique autour de la vidéo de l’ambassade de France au Congo appartient précisément à cette catégorie. D'abord, disons tout de suite que le procès en racisme fait à cette vidéo par la cohorte des entrepreneurs cyniques de l'indignation et les professionnels de la victimisation est stupide, injuste et mensonger, car il n'y aucun racisme là dedans. Rien. Mais le malaise qu’elle a suscité est réel et révélateur. Car ce va-et-vient grotesque entre diffusion, puis retrait précipité expose une vérité plus dérangeante sur la politique africaine d’Emmanuel Macron entre enchaînement d’improvisations et amateurisme.


L'idée de départ avec cette vidéo que certains comparent aujourd'hui à "Tintin au Congo" était de diffuser un message à la population congolaise sur le respect des règles et procédures pour obtenir un visa. Pour l'occasion des acteurs locaux avec l'humour local ont joué le jeux, et c'est une prestation qui ne choque pas localement. Ce qui est intéressant en revanche, c'est qu'il s'agissait de la traduction en fait d'une demande du ministre des affaires étrangères français, de communiquer avec plus d'humour en Afrique. Voilà notre stratégie pour revenir où nous sommes devenus indésirables - sauf pour les visas évidemment. L'ambassade n'a fait que suivre, et c'est également le ministère des affaires étrangères qui a demandé en urgence le retrait de la vidéo. On se demande en passant comment le MAE de la France et son ministère peuvent aller aussi bas dans l'opérationnel alors qu'il y a des sujets plus importants.


Après deux mandats, le bilan africain de Macron n’est pas simplement décevant, il est désastreux. Jamais, depuis des décennies, la France n’avait perdu aussi rapidement et aussi spectaculairement son influence en Afrique subsaharienne francophone. Mali, Burkina Faso, Niger : en l’espace de quelques années, Paris a été poussé vers la sortie, militairement, diplomatiquement, symboliquement. Et face à cette débâcle, l’Élysée a oscillé entre déni, rigidité, réactions maladroites et tardives.


Dans les pays quasi failli du Sahel, la gestion de la crise restera comme un cas d’école d’aveuglement stratégique. L’opération Barkhane s’est transformée en enlisement coûteux, incapable d’endiguer durablement la menace jihadiste. Pire, elle a nourri un ressentiment croissant contre la présence française, exploité avec habileté et à petit prix par la Russie et ses relais locaux. L’expulsion de l’ambassadeur français au Niger en 2023, suivie du refus obstiné de Paris de reconnaître la réalité du pouvoir en place, a offert un formidable spectacle de crispation post-coloniale ridicule, aussi inutile que contre-productif. La France refuse de faire revenir son ambassadeur au prétexte que le nouveau régime n'est pas celui avec lequel elle avait négocié. Incroyable.


Emmanuel Macron n’a jamais rompu avec l’ambiguïté fondamentale de la relation franco-africaine qui consiste à prêcher la démocratie tout en s’accommodant de régimes autoritaires jugés « utiles ». Macron c'est le soutien des dictateurs comme ses prédécesseurs. Pour lui il y a les bonnes dictatures et les bons coups d'Etat. Au Gabon un putsch militaire intra familial ce n'est pas grave, et à Madagascar la France est même intervenue pour aider le dictateur à s'enfuir après des morts laissés parmi les manifestants. Dans le Sahel, c'est le contraire. Les dictatures militaires et les coups d'Etat militaires sont sévèrement jugés. Comment peut-on suivre dans des conditions pareilles ? La France n'a aucune colonne vertébrale en Afrique. Cette géométrie variable est devenue une faillite de crédibilité.


À cette incohérence s’ajoute une autre faute, plus structurelle : le mépris des savoirs et des expériences. Dès le début de son premier mandat, Macron a voulu court-circuiter les circuits traditionnels de la diplomatie, s’entourant de profils souvent plus soucieux de visibilité sur les réseaux sociaux que de compétence. Des conseillers sans profondeur, des intermédiaires autoproclamés, parfois issus de diasporas instrumentalisées pour leur capacité à produire des images de l'Elysée avec le président pour LinkedIn, plus que des analyses. Pendant ce temps, des diplomates chevronnés, connaissant le terrain, ont été marginalisés, réduits au rôle de spectateurs d’une politique qu’ils savaient vouée à l’échec.


Le résultat est sans appel : une incompréhension croissante des sociétés africaines, notamment de leurs jeunesses. Car c’est là que s’est joué l’essentiel. Face à une génération urbaine, connectée, lucide sur les rapports de force, la France a continué à parler un langage daté, oscillant entre leçon morale et communication creuse. Dans cet espace laissé vacant, d’autres acteurs — russes, turcs, chinois — ont avancé sans complexe, proposant moins de discours et plus de transactions.


Et comme si cet échec ne suffisait pas, la réponse de Paris tient aujourd’hui du repli mal assumé. Incapable de maintenir son influence en Afrique francophone, la France se tourne brusquement vers l’Afrique anglophone - comme un célibataire prêt à tout pour ne pas rester seul - en particulier le Nigeria et le Kenya, présentés comme de nouveaux partenaires stratégiques. Mais ces pays sont marqués par des niveaux élevés de corruption, d'insécurité, d’inégalités et sont peu dynamique économiquement. On se demande vraiment qui conseille le président français.


Au fond, le problème Macron en Afrique tient à une illusion, celle d’avoir cru qu’il suffisait de changer le discours pour transformer la réalité. Or la rupture proclamée avec la « Françafrique » n’a jamais été pleinement assumée, ni réellement incarnée. La situation de l'Afrique subsaharienne francophone n'a rien à voir avec le reste du continent, et on ne peut pas voir un lien avec la France. Non pas qu'elle soit responsable mais que l'Afrique anglophone est étrangement épargnée de certains maux : les coups d'Etat, les dictatures dynastiques et le rejet de la démocratie. Cela mérite une réflexion des africains et de la France qui ne s'est jamais opposée à ces dérives dans les pays africains francophones, faisant même ami-ami avec des dictateurs, leurs enfants et sans discrétion. En attendant, pour la France, il y a une perte d’influence, un déclassement stratégique et un échec politique, et c'est Macron qui réalise le plus mauvais bilan pour un président français en Afrique.


 
 
 

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